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Un article de Cyberpresse
Par Mali Ilse Paquin
collaboration spéciale, La Presse
Londres
Les Britanniques ont une nouvelle obsession ces jours-ci. Il suffit de prendre le métro pour identifier les fanatiques. L'air hypnotisé, ils fixent une grille de 81 cases parsemée de chiffres en mâchouillant un crayon. Les quotidiens londoniens ont créé un phénomène monstre. Il s'appelle sudoku et il s'en vient près de chez vous.
La réélection du parti Labour tapissait les manchettes britanniques la première semaine de mai. Quelques jours plus tard, exit Tony Blair; les journaux n'en avaient que pour le sudoku dont la popularité instantanée rappelle celle du cube Rubik des années 80.
La simplicité des règles du sudoku - «chiffre simple» en japonais - n'a d'égale que la complexité de sa résolution. Sur un carré divisé en neuf grilles de neuf cases chacune, des chiffres allant de un à neuf sont dispersés çà et là. Le joueur doit trouver par déduction les chiffres manquants (toujours de un à neuf) en se basant sur le principe qu'aucun ne doit se répéter dans la même colonne, ligne ou grille de neuf cases.
Le sudoku s'inspire du «carré latin» du mathématicien du 18e siècle Leonhard Euler, où les symboles n'apparaissent qu'une fois par ligne et par colonne.
Le jeu dans sa version moderne a plusieurs échelons de difficultés selon le nombre de chiffres dévoilés à l'avance. Il n'a toutefois qu'un seul niveau de dépendance: élevé.
Tout un émoi
Les témoignages des maniaques du sudoku qui foisonnent sur Internet en font foi. «Je ne me suis jamais considérée comme une personnalité compulsive, écrit Sheila Disley dans un forum en ligne consacré aux joueurs de sudoku. Pourtant, je suis accro du sudoku au point où j'attends le journal chaque matin près de ma porte. Je ne peux commencer ma journée sans avoir eu ma dose. Y a-t-il des centres de réhabilitation quelque part?»
Comment 81 cases peuvent-elles susciter autant d'émoi? «J'en ai discuté avec des psychologues, dit Micheal Mepham dont la compagnie approvisionne le Daily Telegraph en grilles de sudoku. Je crois que c'est ce sentiment d'euphorie qui nous envahit lorsque nous réussissons à élucider un sudoku. C'est très gratifiant. Le caractère universel du jeu est aussi pour quelque chose. Les joueurs n'ont pas besoin d'une bonne culture générale. Simplement d'une bonne logique. Ça remplit un vide dans le marché des casse-tête.»
Bien que le Daily Mail prétende être l'initiateur du phénomène, le quotidien The Times a véritablement lancé le bal le 12 novembre 2004 lorsqu'il a publié le casse-tête pour la première fois. Le rédacteur en chef Micheal Harvey affirme avoir pressenti son potentiel sur-le-champ lorsqu'un juge à la retraite, le Néo-Zélandais Wayne Gould, lui a présenté le jeu pour la première fois.
Puis, le bouche-à-oreille a fait son oeuvre. L'animatrice de télévision Carol Vorderman admet ne pouvoir s'en passer. La revue gouvernementale Teachers recommande le jeu pour les enfants. Petit à petit, tous les journaux londoniens, du Daily Telegraph à The Independent, entrent dans la danse. Et chacun soutient que sa version est la meilleure.
L'équipe de The Guardian a nargué ses concurrents en publiant un jeu par page en mai. Elle affirme que ses casse-tête sont supérieurs parce que conçus à la main (plutôt que par un logiciel) par les artisans de sa version contemporaine, les patrons de la maison d'édition japonaise Nikeli.
De toute évidence, il est payant d'être dans le coup. À titre d'exemple, la publication The Economist soutient que le New York Times récolte des millions de dollars pour ses éditions de mots croisés chaque année.
«Aucun éditeur n'admettra que son lectorat a augmenté à cause d'une grille et des chiffres, avance Micheal Mepham. Mais pourquoi pensez-vous que les sudoku sont annoncés à la une de plusieurs journaux?» Poser la question, c'est y répondre.
Flairant la bonne affaire, plusieurs éditeurs ont lancé des magazines consacrés au sudoku. Chaque édition s'envole au rythme de 15 000 exemplaires par semaine. Le Times offre à ses lecteurs l'envoi de nouveaux casse-tête sur leurs téléphones portables moyennant des frais. Des championnats de sudoku sont en chantier tout comme une compétition en direct sur la chaîne de télévision câblée Sky One, prévue pour le 1er juillet.
Ailleurs, les journaux d'une vingtaine de pays ont emboîté le pas dans la folie du sudoku depuis quelques semaines. Le Globe and Mail et le Toronto Star en font partie.
Micheal Mepham, qui commercialisera une version «jeu de société» du sudoku à l'automne, assure qu'il recrute des clients de tous les coins du monde, des États-Unis (Los Angeles Times) à l'Australie.
Et lui, est-il un maître du sudoku? «Je n'ai plus le temps de jouer, répond-il. Je suis occupé jour et nuit pour répondre à mes nouveaux clients!»
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